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Brainrot, AI slop, vertical dramas : pourquoi les contenus les plus débiles pèsent des milliards

7 MIN
April 9, 2026

Le brainrot et l'AI slop en quelques chiffres qui font vomir

On parle de trucs nuls. Mais on parle aussi de machines à cash.

Quelques données qui donnent le vertige :
– Les vertical dramas pèsent 11 milliards de dollars en 2025
– Fruit Love Island a battu le record de croissance de l'histoire de TikTok
– 3 millions d'abonnés en 9 jours pour un compte de fruits qui flirtent
– DramaBox (44M d'utilisateurs mensuels) dépasse Hulu et Paramount+ réunis

Non, ce n'est pas une blague. C'est la réalité du marché du contenu en 2026.

D'abord, c'est quoi l'AI slop ?

Avant d'aller plus loin, définissons le terme.

L'AI slop, c'est ce contenu généré par IA, produit à la chaîne, esthétiquement médiocre mais ultra-addictif. Le mot vient de "slop" en anglais : la bouillie qu'on donne aux cochons. Pas flatteur.

Le terme désigne tout ce que l'IA générative produit en masse sans souci de qualité :
– images bizarres avec 7 doigts et regards vides,
– vidéos absurdes qui défient la physique,
– articles SEO sans aucune valeur,
– posts LinkedIn créés en série par ChatGPT.

Et l'AI slop n'est pas qu'un sous-ensemble du brainrot.
C'est le carburant qui a démultiplié sa production. Avant, faire une vidéo brainrot demandait un peu de travail. Aujourd'hui, 3 prompts suffisent.

Fruit Love Island : le phénomène qui résume tout

Vous n'avez pas entendu parler de Fruit Love Island ?
Bienvenue chez les vieux cons (je suis dans la pièce, rassurez-vous).

Le concept est aussi simple qu'absurde : des fruits animés en IA qui parodient l'émission Love Island. Ils flirtent, se disputent, forment des couples. Chaque épisode est généré par intelligence artificielle. Du pur AI slop.

Le résultat ?
– Lancé le 13 mars 2026 sur TikTok
– Plus de 3 millions d'abonnés en 9 jours
– Plus de 200 millions de vues cumulées
– Record absolu de croissance sur la plateforme

Pour comparaison, même Lisa de BLACKPINK n'avait pas fait ça.

Vertical dramas : les 11 milliards qui dépassent Netflix sur mobile

Les vertical dramas (micro-dramas), c'est l'autre phénomène qui fait trembler Hollywood.

Le format ? Des mini-séries de 60 à 90 secondes par épisode, filmées verticalement pour smartphone. Des scénarios dignes des pires télénovelas. Un jeu d'acteur souvent pathétique. Des cliffhangers toutes les 90 secondes.

Et ça cartonne à un niveau hallucinant :
11 milliards de dollars de revenus en 2025, projection 14 milliards en 2026
– ReelShort et DramaBox dépassent Netflix et Disney+ en temps d'engagement mobile
– DramaBox seul : 44 millions d'utilisateurs mensuels actifs
– Les revenus ex-Chine ont doublé en un an, atteignant 800M$ au Q3 2025

Le modèle business est vicieusement efficace : les 5-10 premiers épisodes sont gratuits. Puis paywall au moment du maximum de tension. Déverrouiller le suivant coûte quelques centimes. Multipliez par 100 épisodes. Faites les comptes.

Et Hollywood a fini par suivre :
Fox Entertainment a pris une participation dans MyDrama. Paramount Skydance, Lionsgate, Hallmark collaborent avec ReelShort. Disney a mis DramaBox dans son accelerator. Les majors ne peuvent plus faire semblant d'ignorer le format.

Le Brainrot, la nouvelle culture dominante ?

Skibidi Toilet. Italian brainrots. Monsters University rizz party. Fruit Love Island.

Ces contenus ont un nom : le "brainrot" — littéralement "pourrissement cérébral". Le terme était d'ailleurs mot de l'année 2024 selon Oxford.

Le principe est toujours le même :
– Format court (moins de 60 secondes)
– Absurde au point d'en devenir comique
– Visuellement bizarre, souvent généré en IA (AI slop dans sa forme la plus pure)
– Addictif par nature (rythme rapide, cliffhangers constants)

Et c'est regardé par les 10-20 ans... mais aussi par les 30-50 qui se sont fait happer par les algos.

Pourquoi ça marche ? La science du scroll

Beaucoup s'indignent devant ces contenus.
Mais personne ne force des millions de gens à regarder.

Et ce n'est pas qu'un sujet IA. Certains contenus brainrot sont du pur AI slop, d'autres sont créés à la main. Et ils cartonnent pareil.

Le point commun c'est le format.

Court. Absurde. Addictif.

Notre cerveau est câblé pour répondre à la nouveauté et à l'imprévisibilité. Le brainrot coche toutes les cases :
– Stimulation visuelle constante
– Surprise à chaque vidéo
– Aucun effort cognitif requis
– Gratification immédiate
– Boucle infinie de scroll

C'est l'équivalent visuel de la junk food. On sait que ce n'est pas bon. On en reprend quand même.

Les marques embarquent (forcément)

Face à ces chiffres, les marques ne peuvent pas rester à quai.

Oasis a été l'une des premières à surfer sur le brainrot avec des publicités reprenant les codes absurdes du genre.
D'autres marques testent les vertical dramas en marque blanche ou en partenariat.
Les annonceurs TikTok rachètent de l'espace sur les comptes brainrot qui cartonnent.

La logique est imparable : là où sont les yeux, là vont les budgets.

Même si ça fait mal aux dents d'associer son image à des fruits qui font de la télé-réalité.

Ce n'est pas (que) un phénomène de gamins

Stop au "c'est juste pour les ados".

Les vertical dramas, par exemple, visent principalement les femmes de 25-55 ans. Oui, cinquante-cinq. L'audience de ReelShort est composée majoritairement de mères de famille qui binge-watchent pendant leur pause déjeuner ou le soir devant le canapé.

Fruit Love Island attire du 15-35 ans.
Les italian brainrots touchent les 8-18 ans.
Skibidi Toilet part du 6-14 ans.

Ensemble, ces contenus couvrent 80% de la population active connectée.

Le vrai problème : la sanction créative

Voilà où ça devient vraiment intéressant pour les créatifs et les marques.

Premier constat : nos standards d'exigence créative s'effondrent.
Pas parce que les gens sont devenus bêtes. Mais parce que les algorithmes récompensent massivement le format court + absurde + addictif.

Deuxième constat : le ROI du brainrot et de l'AI slop est imbattable.
Une mini-série verticale coûte 40 000$ à produire en 7 jours. Le premier succès rapporte des dizaines de millions. Aucune campagne pub traditionnelle ne peut rivaliser.

Troisième constat : la qualité devient un luxe.
Faire du contenu "beau" et "travaillé" devient un positionnement premium. Au même titre que la cuisine gastronomique face au fast-food.

Alors, vieux cons ou monde qui part en sucette ?

Je ne vais pas le cacher : personnellement, ça me dépasse.

J'aime parfois scroller et me marrer devant des conneries sur les réseaux. Je ne prétends pas regarder que du contenu intelligent. Mais Fruit Love Island ? Skibidi Toilet ? Les micro-dramas pseudo-érotiques ?

J'ai du mal.

Deux hypothèses s'offrent à nous :

Hypothèse 1 : On est juste trop vieux. Pas dans la cible. Comme nos parents qui ne comprenaient pas la Playstation ou Tokio Hotel. Chaque génération méprise les contenus de la suivante. C'est la vie.

Hypothèse 2 : Notre système d'attention est en train de s'effondrer. Les algorithmes nous poussent vers le plus lobotomisant. La qualité disparaît au profit de l'addictif. C'est grave, sur le long terme.

La vérité est probablement entre les deux.

Ce que les marques et créatifs doivent retenir

Au-delà de l'indignation facile, il y a des leçons business concrètes.

Pour les marques :
– Ignorer le brainrot = ignorer 11 milliards de dollars de marché
– Mais le surfer sans subtilité = détruire son image de marque
– L'enjeu est dans le dosage : utiliser les codes sans se vautrer dedans

Pour les créatifs :
– Les formats courts + absurdes deviennent un nouveau langage
– La maîtrise du rythme et du cliffhanger devient une compétence clé
– L'IA générative accélère la production de ce type de contenu

Pour l'écosystème IA :
– L'AI slop pose la question du droit d'auteur (Fruit Love Island a d'ailleurs été retiré de TikTok après des signalements massifs concernant l'usage de la marque Love Island)
– Les plateformes commencent à modérer ces contenus pour éviter le "AI slop" massif
– L'enjeu de qualité devient central même dans l'absurde

Conclusion : le brainrot et l'AI slop ne sont pas des accidents

Ce n'est pas un phénomène passager. C'est un shift culturel.

Ce qu'il faut retenir :
– Les contenus brainrot et AI slop pèsent des milliards et ne vont pas disparaître
– Le format (court, absurde, addictif) compte plus que le fond
– L'IA accélère la production mais n'est pas la seule cause
– Les marques vont devoir composer avec cette nouvelle réalité
– Les standards créatifs traditionnels deviennent un positionnement premium

Je ne dis pas que c'est bien. Je ne dis pas que c'est mal.
Je dis juste que c'est là, et que ça pèse déjà plus lourd que certaines industries historiques.

La seule question qui vaille la peine d'être posée : comment on se positionne face à ça ? On y participe ? On s'en démarque ? On l'ignore ?

Vos réponses définiront probablement votre stratégie de contenu pour les 3 prochaines années.

À propos de HEYIA Studio

HEYIA Studio accompagne les marques et agences pour intégrer l'IA dans leur création de contenu visuel et vidéo.

Notre travail repose sur un triptyque simple :
- un audit des usages et des enjeux,
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- et un suivi pour structurer des workflows clairs, concrets et réplicables.

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Article écrit par
Benjamin BENOLIEL
Co-founder & Head of Sales

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